Cheminade

   

Jacques Cheminade
c/o
SOLIDARITÉ & PROGRÈS
12 rue Fernand Pelloutier
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UNAFA
Lessirguy
29550 SAINT NIC

   

A M. Maurice LE BECHEC, président  
 
Clichy, le 20 février 2007


Monsieur le Président,

Je viens de prendre connaissance de votre lettre du 19 février. Je partage entièrement votre engagement de faire de l'accueil familial une activité professionnelle à part entière. Cette prise de position n'est pas un ajout à mon programme, mais elle s'y insère naturellement, comme vous pouvez le constater page 13, paragraphe G du XII- Santé(*), avec notamment la priorité donnée aux appartements thérapeutiques ou « appartements protégés».

En effet, l'accueil familial a besoin d'un statut et de conditions justes pour l'exercice de ce qui est un véritable métier. Le seul encadrement public doit être le contrôle lié à l'agrément, avec un suivi tous les ans pour qu'un dialogue soit engagé. Les conditions d'un accueil à la fois chaleureux et humain pouvant ainsi être mieux évaluées, et une communication engagée entre accueillants, pour que les orientations du plan Solidarité Grand Âge ne soient pas un cadre fixe mais évoluant de plus en plus favorablement dans le temps, dans le cadre d'un partenariat familles d'accueil - familles d'accueillis - personnes accueillies - collectivités publiques.

En bref, l'accueil familial me paraît la meilleure des formules pour les personnes âgées et handicapées adultes ; elles pourront encore être améliorées si des lieux de réunion «de jour» sont prévus par les collectivités publiques, afin que les accueillis puissent se rencontrer et, éventuellement, y rencontrer aussi de jeunes enfants. La combinaison entre «maisons d'accueil de jour» pour handicapés adultes et personnes âgées et garderies d'enfants rétablirait ce nécessaire contact entre générations, aujourd'hui trop souvent perdu.

En ce qui concerne la « professionnalisation» du métier à part entière, me paraissent fondamentaux :
- la reconnaissance de tous les droits sociaux élémentaires, pour que cesse toute discrimination provenant du libre choix de l'accueillant et de l'accueilli ;
- la prise en compte des spécificités du métier (salaire tenant compte d'un accueil des personnes 24 heures sur 24, régime particulier des congés ... ) ;
- la mise en œuvre d'un contrat de travail adossé au contrat d'accueil ;
- là mise en place d'une formation au départ, puis d'une formation continue définie en liaison avec  les collectivités locales ;
- la détermination du nombre de personnes accueillies en référence au nombre d'heures consacrées aux personnes âgées ou handicapées.

Ainsi, ce cadre à la fois souple et mieux aidé permettra aux personnes âgées et handicapées d'échapper à la fatalité de maisons de retraite ou de centres spécialisés dans lesquels leur indépendance n'est pas/ou est insuffisamment prise en compte. Elles pourront ainsi conserver (ou même regagner) un maximum d'autonomie et maintenir en éveil leurs facultés cognitives, au plus près d'un environnement familial.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments les meilleurs et mes très sincères encouragements.

  Cheminade


PS : ci-joint, un exemplaire de mon projet, qui met l'humain, contre le financier prédateur et la bureaucratie stérilisante, au poste de commande.


(*) paragraphe G du XII- Santé

G) MENER UNE POLITIQUE HUMAINE EN FAVEUR DES PATIENTS ÂGÉS

Pour les personnes âgées, le premier combat doit être mené contre la grabatisation. Or celle-ci n’est le plus souvent ni le fait du vieillissement en lui-même ni de la maladie, mais elle est la plupart du temps liée à une prise de soin inadéquate faute de moyens et/ou de connaissances.

Les orientations à suivre sont les suivantes  :

- un hôpital mieux adapté : il doit être en mesure d’anticiper les risques de la dépendance. Dans chaque territoire de santé, il faut développer une filière gériatrique, impliquant un accueil spécifique des personnes âgées ne passant en aucun cas par les urgences, où elles n’ont rien à faire. Cette filière doit comprendre, en réseau, des services de séjour de courte durée, de soins de suite, de réadaptation (les patients ayant besoin de temps pour retrouver leur autonomie après une hospitalisation) et, seulement en fin de parcours, de longue durée ;

- la priorité donnée aux appartements thérapeutiques ou « appartements protégés  ». Alors qu’en établissement, la perte d’autonomie des personnes âgées est nette dès la première année de présence, l’on constate qu’elle est bien moindre dans un appartement thérapeutique et surtout que le maintien des facultés cognitives et celui de la continence sont bien meilleurs ;

- la formation en gériatrie, pour servir les services d’hôpitaux adaptés et les appartements thérapeutiques, de jeunes infirmiers et aides-soignants. Il y a ici beaucoup de travail à faire, ne serait-ce que pour leur apprendre à manipuler les corps douloureux ;

- le développement d’équipements mobiles de gériatrie repérant et soignant. Il en faudrait 200 de plus en France ;

- soutenir la construction de maisons de retraite et en améliorer les services. Les personnes âgées sont les seuls usagers d’équipement collectifs à payer, dans le prix de leurs séjours, les amortissements des investissements réalisés pour elles. Cela ne doit plus être le cas. Il faut suivre ici les conclusions de la Mission d’évaluation et de contrôle des lois de financement de la sécurité sociale (MECSS) qui propose de diminuer le coût d’hébergement en étendant la récupération de la TVA à tous les établissements. Une politique plus dynamique d’aide à la personne contribuerait aussi à faire baisser le prix des séjours.

En outre, les salaires de certains personnels (administration, animation, agents de service) ne doivent plus peser sur les tarifs d’hébergement, mais être pris en charge par l’assurance-maladie (via le forfait soins) et/ou par le Conseil général (via l’APA, allocation personnalisée d’autonomie).

Ainsi, les prix d’hébergement pourraient être diminués et les directions des maisons de retraite être mises en mesure d’accorder plus d’attention à chaque personne âgée résidente, au cas par cas, et non d’organiser collectivement une dépendance considérée comme plus ou moins fatale.

- Augmenter les moyens dévolus aux unités de soins palliatifs. C’est la meilleure protection contre l’euthanasie, à un moment où l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) vient d’entrer dans le conseil d’administration des hôpitaux.

La dignité se révèle ici comme l’un de ces concepts orwelliens inventés pour endormir le sens commun. Les soins palliatifs sont, eux, la solution humaine.

Or nous sommes passés en France de 834 lits en unités de soins palliatifs en 2002 à 783 en 2004. Le Conseil économique et social a préconisé 3000 lits pour l’ensemble du pays : je considère cet effort comme une priorité absolue.

Réponse le 20 février 2007

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